Sommaire du dossier: 1/ interview de Dahud, écrivain et membre d'un comité de lecture
2/ interview de Samantha, Au-delà de
l'oraison
3/ interview de Mr Ali, bouquiniste
4/ petit voyage dans le monde de l'auto-édition
5/
le jeune moineau et le vieil alcoolo
Interview de Dahud, écrivain et membre d'un comité de lecture:
1/ Petite présentation:
Diplômée de Lettres Modernes (diplôme au titre ronflant mais totalement inutile dans le monde du travail), après des boulots divers et variés, je reprends actuellement des études dans le domaine
de la communication. J'écris depuis mon enfance et j'ai eu quelques publications dans des webzines. Rédactrice en chef d'un webzine littéraire ( http://nuitsdalmor.over-blog.com/ ), actuellement en fin de vie puisque le dernier numéro est en cours de réalisation. En 2007, j'intègre le comité de lecture Romans de
L'Olibrius Céleste. Dans l'année 2008 naît l'idée d'une collection d'anthologies, je planche donc sur le projet avec mes collègues pendant quelques mois et intègre mes nouvelles fonctions,
officiellement, que durant l'été 2008. Je fonde un comité de lecture et lance le premier appel à texte le 1/09/08 sur le thème de polar (actuellement en cours.)
2/ Tu es directrice de collection aux éditions L'Olibrius Céleste, pourrais-tu nous expliquer le cheminement qui t'as amenée à ce métier? Et en quoi il
consiste exactement?
J'étais donc au comité de lecture Romans et la seule place réservée aux nouvelles dans la maison, était alors Le Quidam (publication en ligne de nouvelles tous les mois.) Petit à petit, l'éditeur
s'est rendu compte que ce type de publication en ligne lui prenait beaucoup de temps et qu'il préférait consacrer plus de son temps à la conception d'ouvrages papiers. J'ai donc intégré la
fonction de directrice de collection afin de le décharger de certaines tâches et est née l'idée, naturellement, de publier désormais les nouvelles en format papier aussi.
Mon rôle consiste à prendre en charge entièrement cette nouvelle collection de la décision du sujet de l'anthologie (puisque ce sont des anthologies à thème) à la conception finale de l'ouvrage.
Je décide donc du sujet de l'anthologie, j'organise le recrutement des membres du comité de lecture bénévole et je le dirige, je suis garante de la cohérence de la collection avec la ligne
éditoriale. Je m'occupe également de l'organisation des corrections des nouvelles et du suivi des auteurs, de la rédaction de la préface, de l'organisation interne de l'ouvrage et de la promotion
de l'anthologie entre autres.
3/ Une multitude de choix s'offre aujourd'hui au jeune écrivain: auto-édition, maisons à compte d'auteur, édition traditionnelle ou éditer son texte en
ligne directement. Par rapport à quels critères doit-on choisir sa "bonne" façon d'être édité?
J'aurais tendance à ne pas recommander les maisons à compte d'auteur qui demandent une grosse participation financière aux auteurs et se soucient en vérité bien peu d'eux ou de leur œuvre. Ils ne
cherchent même pas à promouvoir les livres et l'auteur est obligé de se débrouiller tout seul, tout en sachant qu'il est très difficile de rendre crédible un livre publié à compte d'auteur auprès
d' un libraire. Certains d'entre eux ont en plus des clauses d'exclusivités dans leurs contrats totalement abusives et illégales. Il faut donc être très méfiant sur le sujet et bien lire les
contrats.
En ce qui concerne l'auto-édition et les imprimeurs à la demande, c'est un choix qui peut convenir dans une petite distribution (cadre familial, associatif...) mais là, encore, il faudra avoir
conscience que l'auteur devra se charger de tout de A à Z. De la maquette et des corrections/relectures s'il ne veut pas débourser de frais supplémentaires, de la promotion, de la distribution...
Bien des choses qu'il est difficile d'assumer seul. Puis cela ne garantit pas un ouvrage de qualité et des regards critiques sur son œuvre. Je n'ai rien contre ce type d'édition en fait, du
moment que l'auteur est informé et qu'il sait à quoi s'attendre, que les conditions sont claires. Mais ce n'est pas encore une fois, un choix que je recommanderais à un auteur, surtout
débutant.
Reste l'édition à compte d'éditeur qui reste la manière la plus honnête de publication. L'auteur ne débourse rien de sa poche et est rémunéré par pourcentage sur droits d'auteur ( ce n'est pas
avec cela que l'on fait fortune mais j'estime que l'écriture est un travail et qu'il est donc normal qu'un éditeur rémunère l'auteur pour ce travail.) C'est à l'éditeur de s'occuper de la
promotion et de la distribution et l'auteur bénéficie d'un suivi dans ses corrections, d'un regard critique afin d'améliorer son œuvre. Cela reste donc encore le meilleur moyen de faire de la
qualité sans rien débourser de sa poche, d'avoir un retour honnête et objectif sur son œuvre.
Pour l'édition en ligne, je pense qu'on manque encore de recul sur le sujet. Je ne suis pas sûre qu'il y ait tant de personnes que cela qui soient prêtes à payer pour lire un livre sur un
ordinateur ou une « liseuse » électronique. Le public pour ce genre de choses semblent tout de même encore très restreint. Les ressources en ligne gratuites attirent peut-être plus mais
là, encore, on soulève le problème de la rémunération de l'auteur pour son travail. Mais je trouve que les webzines, par exemple, proposent parfois des nouvelles de très bonne qualité. C'est un
bon moyen pour avoir un premier contact avec le lecteur. Personnellement, participer à des appels à texte pour des webzines m'a beaucoup appris donc je pense que c'est un bon moyen de travailler
ses textes.
4/ Travailler dans une petite structure est-il un gage de plus d'indépendance par rapport à la marchandisation de l'écrit?
Oui, je le pense. Les petites structures sont plus ouvertes aux nouveaux auteurs, prennent plus de risque et forcément pour quelqu'un qui aime la littérature comme moi dans toute sa richesse et
sa variété, c'est plus intéressant. La ligne éditoriale de L'Olibrius Céleste également par son ouverture m'offre plus de possibilités. Publier un roman comme le cycle d'Alamänder d'Alexis
Flamand, par exemple, c'est tout de même une prise de risque. On ne voit pas beaucoup de romans de Fantasy avec un traitement à la fois humoristique et sérieux en France. A l'heure où la Fantasy
a tendance à se nécroser par une production massive souvent stéréotypée, où on oublie toutes les possibilités que peuvent offrir ce genre, pourtant par définition beaucoup plus large qu'on
voudrait nous le faire croire, avoir l'occasion de participer à la promotion d'un tel livre est une vraie bouffée d'air frais.
5/ Prendre en charge un jeune écrivain jusqu'à sa première publication impose t'il des contraintes particulières?
J'ai eu l'occasion de travailler avec des auteurs très ouverts, qui savent se remettre en question et comprennent que l'écriture demande beaucoup de travail. J'aurais donc tendance à dire qu'au
contraire, dans ces conditions-là, cela devient très naturel et que l'on ne peut plus parler de contraintes. Après, je ne peux pas comparer avec le fait de travailler avec des auteurs connus et
confirmés car je ne l'ai encore jamais fait. Le seul problème que l'on rencontre parfois avec de jeunes auteurs, c'est quand ils ont une vision déformée de ce que peut-être une publication, le
métier d'écrivain (mais ce n'est pas généralement les auteurs sélectionnés car on sent ce manque de maturité très tôt.) Certains auteurs s'imaginent que parce qu'ils ont un certain succès sur
leur blog, ils sont déjà des « stars » et qu'être publié sera facile, qu'on ne leur demandera aucune correction et ne sont pas prêts à retravailler leurs textes. Alors que même les
auteurs connus font ce travail, ils ont du mal à en prendre conscience. Ils sont peut-être victimes d'une gloire fictive et éphémère que peut offrir le net et qui déforme la réalité des
contraintes d'un format papier.
6/ Il est bien connu, qu'en France, tout un chacun se veuille écrivain. Y a t'il quelque chose de malsain de l'ordre de la starification désirée qui
caviarde ce rêve?
Tout le monde a le droit d'écrire, c'est certain. Là où il y a un problème, c'est lorsqu'on croit que c'est facile. L'écriture est un travail à part entière, un travail de longue haleine qui plus
est. Cela demande beaucoup de remise en question et il faut être prêt à se prendre quelques gifles. Il n'est pas facile d'écrire, d'être édité. Il y a quelque chose de « malsain » quand
on croit que publier amène Gloire et Argent. Très peu, vraiment très peu d'écrivains vivent de leur plume en France. En ce qui concerne, la gloire, il faut oublier aussi. Donc si ce genre de
chose motivent les personnes qui écrivent, je serais tentée de leur dire « arrêtez tout! », elles risquent bien d'être déçus.
7/ Parmi les auteurs qu'édite l'Olibrius quel est celui/ celle qui t'as le plus touchée?
C'est une question difficile car les deux romans publiés à ce jour, sont très différents et ils m'ont tous les deux profondément touché de manière diamétralement opposée. Laure Eslère
(Cavatines) a une plume magnifique, une langue extrêmement raffinée et une psychologie des personnages très travaillée. Son œuvre est un retour aux sources du fantastique et de la littérature
gothique (fin 18ème/19ème) et en même temps, elle a su y apporter une touche résolument moderne dans le traitement des démons qui est pourtant à la base un thème mille fois exploré et souvent de
manière stéréotypée. Alexis Flamand (Le T'Sank, tome 1 du cycle d'Alamänder ) est un véritable conteur, son œuvre est pleine d'humour mais ne manque pas de sérieux pour autant. Il y a quelque
chose de grandiose et d'épique, et à la fois on ressent une véritable modestie dans son livre. J'aime bien qualifier son livre de « livre-univers » car je trouve qu'il a un univers
vraiment propre et qu'il est difficile de le comparer à un autre livre mais aussi qu'il offre une quantité de possibilités de ce que pourrait être la Fantasy si on la laissait s'exprimer
pleinement.
8/ Comment définirais-tu ce qu'est un bon livre?
C'est une question très subjective, cependant je pense qu'il y a des critères de base qui reviennent chez beaucoup d'éditeurs comme un scénario cohérent, un style agréable à lire,
fluide, un univers personnel, une certaine originalité. Dans ma conception personnelle, un bon livre doit me happer dans son univers à un tel point que j'en oublie l'objet livre. Un bon livre, on
n'a pas envie de le refermer jusqu'à la fin. Il faut qu'il me parle, que je puisse y trouver des points de repère. J'aime que la psychologie des personnages soit suffisamment travaillée pour
qu'ils soient crédibles et que j'ai envie de m'y intéresser. Il est très difficile de définir un « bon livre » car il y a beaucoup de choses que j'aime et qui sont pourtant très
différentes entre elles.
9/ Quels sont tes pronostics sur le futur de l'édition? Le net y prendra t'il une place de plus en plus conséquente?
Franchement, je ne sais pas et de manière générale, je n'aime pas parier sur l'avenir. Le net offre des possibilités formidables, un véritable monde miniature (quoique assez énorme! )
C'est un moyen formidable d'expression mais il demeure aussi très dangereux d'un certain point de vue. Je ne sais pas si le e-book prendra le pas sur l'édition traditionnelle comme certains le
disent, je ne l'espère pas car personnellement, j'ai un profond attachement à l'objet livre. L'avenir de la culture en général ne me semble pas très joli, joli mais j'ose espérer qu'il y aura
toujours un fief de gaulois quelque part pour la défendre contre Rome. La peur principale que j'ai c'est que quelques grands groupes d'édition écrasent définitivement tous les petits qui veulent
naître et qu'on assiste de plus en plus à une uniformisation de la littérature, qu'il n'y ait plus d'alternative possible. Donc, j'ai envie de dire aux lecteurs de soutenir la petite édition, les
libraires indépendants pour une littérature plurielle mais je ne prendrai pas mon drapeau d'anarchiste, sachant que la liberté c'est encore de respecter le choix de chacun. LOL
10/ Mot de la fin. Et, en conclusion, un roman, une romance, une espérance, une déchéance et une déviance.
Mot de la fin? Non, il n'y pas de fin. Il faut travailler, toujours travailler et ne jamais baisser les bras, naturellement. Sinon, j'en profite pour préciser que l'appel à texte sur le thème du
polar (nouvelles 50000 signes maxi) est encore en cours puisqu'il finira le 28 février 2009 à minuit.
Un roman, en table de nuit, une pile de roman, oui. Une Romance, une harpe, c'est un instrument magique. Une espérance, écrire. Une déchéance, une seule? Arrêter de créer...
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http://www.lolibrius.com/
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INTERVIEW DE SAMANTHA, JEUNE AUTEUR
1/ Une
présentation succinte de toi et de ton roman:
Je m'appelle Samantha Bailly, j'ai 19 ans, je suis actuellement en troisième année de licence de Lettres Modernes. Mon roman Au-delà de l'Oraison, dont le premier
tome s'intitule La langue du silence, est à paraître en janvier 2009 aux éditions Mille Saisons. Il s'agit d'un diptyque mêlant deux points vue : d'un côté, une intrigue plutôt axée sur
une enquête, et de l'autre côté, ce qui se rapprocherait d'une quête initiatique plus classique.
2/ Tu fais partie des associations
Greenelven et Carte blanche, peux tu nous en dire plus et ce que tu penses de la nécessité d'établir des contacts ?
En fait, je ne fais plus vraiment partie de ces associations, Greenelven s'est transformé en une autre association, Absylia, à laquelle je ne participe plus faute de
temps, bien que je reste présente sur le forum. Carte Blanche a fermé ses portes lorsque Miya, la dessinatrice qui la dirigeait, a signé avec les éditions Pika. Je dirais que faire partie
d'associations, qui mêlent souvent des professionnels et des amateurs, est avant tout le lieu de rencontres artistiques. Pour ma part, ça m'a permis de connaître beaucoup de personnes très
différentes, de participer à des salons ou à des conventions. Cela donne parfois lieu à des collaborations qui conduisent à des projets plus sérieux, souvent avec les personnes ayant évolué dans
la même direction.
3/ D'aucuns ont peur de présenter leurs
romans sur internet, pourtant cela a été ton choix, ainsi que d'animer un site "Au-delà de l'oraison". Est-ce, en quelque sorte, un parcours obligé ?
Un parcours obligé, pas du tout. Des auteurs préfèrent garder une certaine distance vis-à-vis de leur lectorat, c'est un moyen de se protéger émotionnellement de la
critique, je pense. Pour ma part, je voulais vraiment créer à la fois un site qui sert de vitrine au roman et un forum regroupant une communauté artistique, un lieu d'échange où se côtoient
différentes personnalités. Cela permet d'échanger, de conseiller, de partager ses impressions. En ce qui concerne la peur de présenter ses écrits sur internet, j'ai toujours mis en ligne des
extraits de mes romans sans crainte, tout simplement parce que je ne pense pas que ce soit assez bon pour être plagié. Ce sont d'ailleurs les critiques reçues qui m'ont permis de progresser.
C'est normal de tenir à ses écrits, mais le mythe des maisons d'édition qui vont voler les œuvres de débutants, je n'y crois pas. Les maisons d'édition ont déjà bien assez à faire avec les romans
qui les intéressent en comité de lecture.
4/ Comment as-tu sélectionnée les maisons
d'édition auxquelles tu as envoyé ton roman ? Pourquoi avoir choisi Mille Saisons plutôt que Pietra Liuzzo ?
J'ai envoyé mon manuscrit en juin 2007, en prenant bien soin de me renseigner avant sur chaque ligne éditoriale, afin de ne pas faire perdre leur temps aux éditeurs. J'ai
eu une réponse en novembre 2007, une attente qui peut paraître assez longue, mais qui est assez moyenne finalement dans le domaine. Certains éditeurs ne répondent qu'un an après
l'envoi.
Pour ce qui a justifié mon choix : si Pietra Liuzzo est une structure plus importante que Mille Saisons, elle beaucoup plus généraliste. Dans la fantasy, la promotion se
fait beaucoup dans des salons spécialisés. De plus, j'ai toujours adoré la ligne éditoriale de Mille Saisons, son état d'esprit, la maquette et les illustrations de leurs romans, et je
participais déjà à leur forum. Les deux contrats étant quasiment identiques à quelques points près, mon cœur a donc balancé de ce côté. J'ai rencontré Pietra Liuzzo au salon du livre par la
suite, et c'est une équipe très sympathique et professionnelle.
5/ Peux tu nous parler de ce qu'il se
passe précisément après la réponse positive ?
Eh bien, il y a un premier contact avec l'éditeur, des discussions sur les corrections envisagées - car évidemment, la version finale sera différente du manuscrit proposé
- il faut donc bien veiller à s'entendre sur ce point avec l'éditeur. Le but est de trouver un terrain d'entente pour que les modifications conviennent aux deux partis. Cette négociation faite,
l'étape suivante est la signature du contrat. Là encore, bien veiller à l'examiner, à discuter chaque point pour comprendre toutes les closes, voire à le faire expertiser. Ensuite, l'auteur se
voit attribuer un correcteur, avec lequel il collabore sous la supervision de l'éditeur, afin d'améliorer un maximum le texte. Les questions stylistiques et scénaristiques réglées, c'est l'équipe
éditoriale qui se charge des diverses corrections de forme restantes : ponctuation, orthographe, typographie. Un travail de longue haleine. En parallèle, l'éditeur démarche auprès des
illustrateurs, graphistes, imprimeurs, c'est la partie plus technique de la construction du livre.
6/ Au-delà de l'oraison, deux ans de
réécriture et de découpages divers, est-ce dur de garder la foi en son travail pendant ces nécessaires travaux ?
Oui. Il y a toujours des moments de doute, mais c'est là qu'interviennent les proches, et je crois que c'est très important d'être soutenu dans un tel parcours du
combattant. J'ai eu la chance d'être très bien entourée et d'avoir des lecteurs qui croyaient vraiment en ce roman. Mais évidemment, ça ne fait pas tout : on est toujours seul face à sa page,
alors il faut savoir se remettre en question, supporter les critiques et écrire, écrire, écrire.
7/ Concrètement, qu'est-ce que ta maison
d'édition te demande comme engagement au niveau promotionnel ?
Absolument aucun. C'est l'éditeur qui se charge de la promotion. Après, comme il s'agit d'une petite maison d'édition, ayant moi-même envie de faire connaître mon projet,
je n'hésiterai pas à démarcher moi-même en complément, mais ce sera de ma propre initiative. À la base, je n'ai absolument aucun engagement de ce genre à tenir. Le tout est d'avoir un bon rapport
avec son éditeur, et bien sûr, participer aux salons littéraires est fortement recommandé et pour l'auteur, et pour l'éditeur.
8/ Tu t'engages dans des chemins très
divers, policier, fantasy, réaliste, est-ce une bonne gymnastique ou une certaine déperdition de tes forces ?
J'écris ce que j'ai envie de dire, alors peu importe le genre, ce sont des exercices différents, mais c'est ça qui permet de s'améliorer et de toucher à tout. Je crois
qu'un écrivain est surtout quelqu'un de très curieux.
9/ Le prochain livre que tu voudrais
écrire :
Ne les oubliez pas, témoignage de mon voyage en Biélorussie. J'ai commencé cet été.
10/ Une page, un sage, un hommage et un
adage :
On va dire une citation, alors ! "Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur.", de Henry Brulard
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INTERVIEW D'UN BOUQUINISTE, par Nuée
Moi : que faites-vous comme métier monsieur ?
Lui : je suis bouquiniste, depuis une vingtaine d’années maintenant.
Moi : j’en conclue donc que vous avez une large idée sur l’état de l’édition actuelle.
Lui : de nos jours, l’écriture est devenue une passion
pour tout le monde. Et nos éditeurs semblent sur-sollicités et le marché du livre est de plus en plus saturé de nouveautés.
Moi : vous voulez dire que les maisons d’éditions ne comblent plus les demandes.
Lui : certainement, les éditeurs se voient refuser plus de 90 °/ des manuscrits soumis à leur intention. Ainsi des milliers de manuscrits se retrouvent délaissés dans les tiroirs de leurs
auteurs.
Moi : et comment expliquez-vous cela ?
Lui : notre vie a pris une allure très véloce, on n’a plus le temps pour autrui, ni pour nos prochains.
Alors, l’écriture est devenue le souffre- douleur d’une multitude de personnes souffrant surtout de solitude. Seul soucis, l’édition se trouve dans une position d’incapacité d’accueillir tous les
ouvrages.
Moi : c’est bien décevant pour tous ces pauvres auteurs.
Lui : le plus décevant encore, c’est de recevoir une lettre de refus soulignant la
qualité littéraire de ton manuscrit, mais l’impossibilité d’édition car l’agenda est au plein et le marché est saturé.
Moi : y a-t-il des retombées sur votre métier ?
Lui : en ce qui me concerne, je n’opte pas trop pour les nouveautés. Certains se consacrent à
l’actualité littéraire la plus brûlante. Quant à moi, je préfère plutôt les livres d’occasion, ça me permet de vivre décemment. Je ne m’en plains pas pour le moins de monde.
Moi : c’est bien courageux de votre part.
Lui : écoutez madame, ce métier, je le fais par pure vocation par pur amour .En dépit des
concurrences permanentes et parfois même déloyales, j’adore humer l’odeur des feuilles jaunies par la poussière ainsi que les doigts des lecteurs.
Ma boutique vous repousse peut-être avec tous ces amas de livres, mais je vous invite à y venir à chaque fin de semaine ou pendant les jours fériés. Et vous verrez, la magie de mots qui paraît
sortir de chaque livre ancien, ensorcelant tout client potentiel d’en prendre une douzaine.
Moi : selon vous, le marché d’occasion a bien réussi sa mission de promouvoir la lecture.
Lui : certainement madame. Notre commerce s’avère
profitable pour tout le monde, vendre à bas prix et en grande quantité.
Moi : Quels sont vos domaines ?
Lui : à l’honneur, les livres classiques, le bande dessinée, les revues pour tous les goûts, les programmes en
photocopie et bien d’autres.
Moi : et où trouvez-vous tous ces bouquins ?
Lui : avec nous, on ne jette pas un livre. Je vais à la chasse des livres sur les trottoirs, chez
les brocanteurs, dans les librairies faisant liquidation de bouquins invendus…parfois même, j’ose m’aventurer dans les ventes aux enchères de bandes dessinées d’histoire. Je peux te dire que je
suis prêt à mettre autant d’argent pour mes clients prestigieux.
Moi : un travail fascinant mais contraignant peut-être ?
Lui : parfois, pour mettre les livres en place, il me faut une moyenne de deux heures,
pour installer un semblant d’ordre. A l’instant même, survient une foule d’enfants qui se met à farfouiller partout et bonjour le désordre. Pour moi c’est le plus attrayant des métiers.
Nuée tient à remercier monsieur Ali pour cette interview.
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Petit voyage dans l'auto-édition, par Roseray
Alors, vous pensez que c'est simple de s'éditer soi-même, on va sur LULU ou d'autres sites de ce genre, et hop on a son bouquin. Bah, non, ça ne marche pas comme ça. Vous
pouvez toujours vous précipiter et éditer un livre rempli de fautes, mais là vous pouvez dire adieu aux maisons d'édition ou aux librairies qui accepteront de vendre vos ouvrages.
Première chose pour s'auto-éditer, il faut être multifonction, eh oui, c'est ainsi. Il faut savoir écrire, déjà, c'est important, se relire, corriger, dessiner sa couverture, recorriger et
recorriger, faire de la mise en page, être patient et enfin faire imprimer. Pour faire imprimer soit vous vous adressez à l'imprimeur à côté de chez vous, soit vous faites faire sur lulu.com,
soit vous allez chez JOUVE (très bon imprimeur).
Une fois que le livre est imprimé, c'est pas fini, parce qu'il faut le vendre ! Alors, là, ne comptez surtout pas sur internet pour faire votre marché.
Donc, seule solution, savoir négocier, prospecter les librairies et vendre son bouquin. C'est énormément de travail, si on veut rentrer, tout juste dans ses frais.
Avant de s'adresser aux librairies, il y a trois démarches importantes à faire :
1)Demander ses numéros ISBN à l'AFNIL. L'ISBN sera la carte d'identité de votre livre, le code-barre.
2)Faire un dépôt légal de votre ouvrage à la BNF
3)Déclarer son activité à l'URSSAF (eh oui, on n’échappe pas aux impôts même si on gagne seulement 2 euros)
Une fois toutes ces étapes terminées vous pourrez être fier d'être allé au bout.
Bien souvent, les gens méprisent les auteurs auto-édités, mais ce qu'ils ne comprennent c'est que c'est un bon choix en comparaison des offres proposées sur des sites comme
« edilivre », par exemple. Car vous restez propriétaire de vos droits d'auteur, vous gagnez plus et de toute façon à moins d'être édité chez Gallimard ou autre, ils feront autant de pub
que vous pour vendre votre livre.
Voilà mon parcours du combattant, je ne m'en vante pas, je suis simplement heureuse d'être allée au bout de mon idée. Je souhaite aussi à chacun d'entre vous d'aller toujours au bout de
leurs rêves.
Écrire c'est sans doute 90 % de travail, j'en ai encore beaucoup à apprendre. Et finalement, on a toujours à apprendre, même à 90 ans.
Sur ce, bon voyage...
Par Roseray.
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LE JEUNE MOINEAU ET LE VIEIL ALCOOLO, par Grandjoe
Bon, vous allez me dire que je radote, enfin pour ceux d’entre vous qui aime à utiliser ce langage feutré qui sied à l’écrivain. Encore
du Bukowski ! Ben oui, et j’assume. Parce que dans un dossier traitant du monde de l’édition, ignorer la belle aventure que vécurent ensemble un chrétien scientiste et un écrivain timbre
postal américain, est purement inimaginable.
Allons-y ! A quarante-six ans, le Buk n’a édité que dans la florissante
presse underground et, malgré le succès de ses poèmes minimalistes, travaille de nuit pour les services postaux ricains. Certaines plaquettes de poésie furent néanmoins créées par un couple
d’exentriques, John Webb et son épouse, Gipsy Lou. L’ancien taulard et sa muse, après avoir braqués les spotlights sur Bukowski dans leur magazine « The Outsider », formèrent le projet
de créer une maison d’édition. Celle-ci se nomma Loujon Press et, en 1963, le recueil « it catches my heart in his hand » fut publié à 777 exemplaires. Ce bel objet, réalisé à la presse
à main dans des conditions qu’on pourrait décrire comme tenant de la survie, fit la fierté de son auteur. « Crucifix in a deathhand » suivit plus tard, en grand format et abondamment
illustré. Parallèlement, Buk the Puke continue à donner des contributions aux petites revues, différentes plaquettes et articles en résultèrent.
John Martin, patron d’une petite boîte de fournitures de bureau, découvre la
poésie de Bukowski et en est profondément ébranlé. Collectionneur dans l’âme, Martin a enrichit la bibliothèque imposante de son père, notamment par ses acquisitions d’ouvrages de la beat
Generation. Les poèmes nouvellement découverts semblent tellement novateurs que les prosteurs beat en prennent un sacré coup de vieux. Fin
soixante-cinq, un échange épistolaire débute qui débouchera sur leur première rencontre en début d’année. Martin, qui ne fume ni ne boit, propose à l’écrivain de lui donner le stock de bouteilles
qu’il a reçu en étrennes. Comme vous l’imaginez aisément, l’hameçon est de taille et le gros poisson mord à pleine dent. Bukowski en dira : « Ce type n’était pas humain, il ne buvait
pas de bière ! ». Représentez-vous la scène un instant : d’un côté, John Martin, cadre, lunettes et crâne dégarni, chrétien pratiquant et, de l’autre côté, le grand et gros
Charles, une canette à la main et une clope à l’autre. Tout les oppose mais un courant passe quand même au travers de la banquette de ce bungalow cradingue.
Martin fait part de son désir de se lancer à son tour dans l’édition, en se
concentrant sur des auteurs qui n’avaient pas encore accéder à la notoriété. Cinq poèmes édités à trente exemplaires chacun et signés de la main de l’auteur résulteront de ce premier contact.
Quelques mois plus tard, John Martin, sans en avertir sa femme, vend sa collection pour cinquante mille dollars et se lance dans la grande aventure.
Black Sparrow, le moineau noir est le nom de baptème choisi pour cette structure.
Bukowski est recruté par « Open city » et commence sa fameuse chronique
du « vieux dégueulasse », ce qui lui vaudra un début de notoriété populaire et certains problèmes avec les autorités. « At terror street and agony way » fut le premier recueil
de poésie publié par le Moineau Noir. Le style de mise en page dépouillé à l’extrême contraste avec les précédentes publications tarabiscotées de Loujon Press. Paradoxalement, ce minimalisme va
bien au teint des poèmes du Buk.
Fin soixante-neuf, Bukowski sent le vent du licenciement hurler à son oreille
et fait des appels du pied à John Martin. En échange de sa prose, le duo calcule que l'éditeur pourra lui verser cent dollars par mois. A vie. Quelque soit l’issue de leur
association. Un mélange d’enthousiasme et de crainte pousse les deux quadragénaires dans leur retranchement. La victoire ou la mort.
En décembre soixante-neuf, le Buk, jeune démissionnaire, se saoule pendant deux
jours avant de taper la première lettre de son premier roman, « le postier ». Quelques jours plus tard, le téléphone sonne et Bukowski déclare, faussement modeste, à John Martin qu’il
peut venir le chercher, ce roman qu’il lui avait conseillé d’écrire. Celui-ci sortira en soixante et onze et, les deux mille exemplaires vite
écoulés, le duo peut imaginer des jours meilleurs.
Comme l’atteste leur correspondance, leur collaboration durera sous de beaux
auspices jusqu’aux derniers jours de Bukowski. John Martin est le grand oublié de cette belle histoire qui n’aurait peut-être pas vue le jour sans lui. Bien que la discrétion soit le
lot commun des éditeurs, sans le pari clos par une poignée de main en ce jour d’hiver californien, le Buk serait potentiellement un auteur connu post mortem. Si cet article a sa place dans le
dossier « le monde de l’édition » de ce numéro, c’était juste pour le plaisir qu’il y a à raconter une belle histoire.
Il était une fois un jeune moineau et un vieil alcoolo…
Infos tirées de : « Bukowski, une vie de fou » au Rocher, biographie.
« Charles Bukowski – correspondance 1958/1994 », chez Grasset.
« Bukowski » DVD chez Wild side videos. www.wildside.fr